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Wifi Associatif

Christophe Aguiton
Fanny Carmagnat


Le Wifi : une norme portée par les « hackers »
Le Wifi est une norme d’émission réception sans fil à haut débit qui suscite un intérêt grandissant. Cette norme 802.11b. permet à un ordinateur équipé d’une carte transmetteur/récepteur de pouvoir se relier, par radio, à une borne d’accès et de transférer des données à une vitesse théorique de 11 Mbits/s (5 Mb en fait) dans la bande de fréquence des 2,4 gigahertz, et ce dans un rayon de 50 m. Le Wifi permet de partager une connexion ADSL en partageant aussi le coût de l’abonnement, ou bien d’irriguer en haut débit une zone rurale non desservie par l’ADSL, de créer des usages communautaires du haut débit. Le Wifi a donné naissance à une intense activité militante « pour un accès libre et gratuit pour le plus grand nombre à l’Internet sans fil», d’abord aux Etats-Unis et en Australie, puis dans de nombreux pays développés.
S’agit-il d’un simple effet de mode ou bien le « phénomène » Wifi annonce-t-il un bouleversement sérieux de nos modes d’accès à l’information, voire une recomposition de l’économie de l’accès à l’Internet ? Le déploiement d’un réseau local en Wifi qui n’exige pas de gros investissements financiers mais un minimum de compétences techniques, est en effet à la portée d’une petite commune, d’une association, voire d’un individu souhaitant équiper son immeuble. L’accès à l’Internet large bande sans fil pourrait donc être accessible plus rapidement que prévu à un nombre plus important d’utilisateurs.

1- Ce que dit la réglementation
La bande de fréquence de 2,4 gigahertz utilisée par le Wifi est libre de droit. Toutefois chaque pays a la possibilité d’en réglementer l’usage sur son territoire. Si aux Etats Unis l’utilisation est libre. En Grande Bretagne, en France les réseaux portés par la norme 802.11b sont soumis comme tous les autres, selon le code des PTT, à autorisation d’émettre.
Toutefois, alors qu’une directive européenne préconise la libéralisation de la fréquence, l’ART a sensiblement assoupli sa position en lançant, en novembre dernier, un appel à dépôts de dossiers pour des demandes d'autorisation d'émettre sur la bande de fréquence 2,4 à 4 GHz, à titre expérimental et pour une période de 18 mois. (www.art-telecom.fr)
Les autorisations de l’ART qui concernent 58 départements sont assorties d'une demande de retour sur l'expérimentation sous forme de statistiques de connexions d'étude d'usages et de bilan financier.

2- les usages militants du Wifi : les exemples de Seattle et de Paris

La ville de Seattle aux Etats-Unis, fait figure de précurseur en matière de Wifi. Cette ville qui associe un esprit contestataire (Seattle est connue dans le monde entier depuis les manifestations contre l’OMC fin 1999), à un environnement technologique riche en sociétés de logiciels, ne pouvait qu’être un terreau favorable à l’émergence d’une activité militante de l’Internet.

- Le Wireless Seattle Network (www.seattlewireless.net) est un réseau dont les nœuds sont les points d'accès WiFi?. Chaque participant, évidemment volontaire, est encouragé à monter un "node", un nœud, qui est à la fois un émetteur multidirectionnel qui arrose sur un rayon de 300m environ, un "tunnel", qui peut être une liaison Internet ou une liaison WiFi? directionnelle qui peut atteindre de 12 à 50 km et relie l'émetteur au réseau, un ensemble de services qui sont gérés par un dispositif informatique.
Chaque personne souhaitant monter un nœud peut recevoir une aide technique en rencontrant les animateurs du réseau qui organisent une réunion technique par semaine où sont présents la dizaine d'animateurs réguliers du WSN et une réunion d'information plus large, une fois pas mois, où se réunissent une trentaine de participants.
Chacun s'équipe en choisissant à sa guise le matériel du marché, et peut même fabriquer lui-même ses antennes capables de re-router le signal d'un nœud à un autre. Le réseau s'étend ainsi sur la ville au fur et à mesure que de nouveaux volontaires rejoignent l'association et les organisateurs sont convaincus de couvrir, à terme, toute la ville. Les utilisateurs n'ont rien à payer mensuellement, chacun étant responsable de la gestion de son nœud.
Une fois la connexion établie, on peut entrer dans la page d'accès au réseau qui présente les principales options disponibles communes au réseau : carnet d’adresse et téléphone sur IP, chat, forum sur la construction des nœuds, statistiques du réseau.
L'accès se faisant par les nœuds placés sous la responsabilité d'un membre du WSN, c'est celui-ci qui décide des autres services accessibles : partage de fichiers musicaux ou vidéo, accès à Internet. Les animateurs du réseau, anticipent toute une série d'usages tels que des messages d'urgence (tempêtes, inondations), des infos sur le trafic routier, par webcam, des infos micro-locales, etc.
Le réseau étant encore en cours de construction, ses organisateurs en sont les utilisateurs les plus actifs. Cette spécificité, que l'on retrouve dans la plupart des innovations de ce type, a des conséquences sur les usages. La nouveauté de l'expérience et le nombre réduit de ses utilisateurs ne permet pas de conclusion définitive sur les usages. Le WSN estime à 150 personnes les utilisateurs de leur réseau. Les animateurs du WSN ont constaté une croissance régulière du nombre des usagers du réseau.

Paris sans-fil (http://www.paris-sansfil.net/) rassemble des personnes désireuses de pratiquer le Wifi à Paris et sa banlieue. Le site de Paris sans-fil publie une carte dynamique indiquant par des points lumineux les domiciles des adeptes du Wifi, sans qu’on puisse savoir s’ils ont déjà équipé leur immeuble ou leur appartement ou s’ils sont seulement intéressés par le sujet. Les organisateurs évaluent à une fourchette de 500 à 900, le nombre de personnes qui ont participé aux activités de Paris Sans-fil, c'est-à-dire, au minimum, qui ont assisté à une ou plusieurs réunions et qui forment la « communauté » des wifistes parisiens. 950 personnes sont inscrites en tant que membres dans la banque de données du site. La stratégie de PSF est de favoriser une multiplication de réseaux Wifi pour obtenir une situation de non-retour, tout en protégeant les individus qui se trouveraient dans l'illégalité dans la mesure où ils émettraient sur le domaine public.
Le projet de Paris Sans-fil se veut prioritairement communautaire. A Paris, chaque personne commence par s’équiper elle-même, puis diffuse dans son immeuble et enfin d’immeuble en immeuble, dans son quartier. L’objectif est d’animer la vie de quartier, de profiter de cette action faite en commun pour connaître ses voisins, s’en faire des amis. Les animateurs de Paris Sans-fil ne se soucient pas de savoir si la ville est harmonieusement irriguée par le réseau sans fil. A terme, le signal pourra être redirigé de quartiers en quartiers, même éloignés les uns des autres, grâce à la technique des « tunnels », à condition que les différents groupes de quartiers le souhaitent, et aient des projets en commun. Le maillage systématique de la ville préalable aux usages aux apparaît à Paris Sans-fil comme une logique d’opérateur qui ne les intéresse pas. Le réseau physique se double donc d’un réseau relationnel qui est propice à l’éclosion d’usages innovants et de projets de services. On peut citer le téléphone communautaire, la radio par multicast, les groupes de discussion ou des projets de performances artistique
Comme à Seattle, les organisateurs de Paris Sans-fil refusent d'imaginer et de développer des sortes de packs de services Wifi qui cantonneraient les personnes dans une attitude passive de consommation. Ils préfèrent donner la parole aux innovateurs qui viennent exposer leurs projets de réalisations.
La participation active des militants de Paris Sans-fil aux journées de l’Internet citoyen à Autrans en janvier dernier a eu plusieurs conséquences notables. En participant à l’installation du village du colloque en Wifi, en animant des ateliers et en dialoguant avec des membres de l’ART qui instruisent les dossiers d’agrément, les militants ont donné aux pratiques wifistes une visibilité et une légitimité nouvelles. Mais plus encore, en s’inscrivant dans la problématique d’aménagement du territoire propre au colloque, le Wifi militant a changé de registre d’action, passant du lobbying contestataire très communautaire au partenariat avec les pouvoirs publics.

3- Qui sont les pratiquants des réseaux libertaires du Wifi ?
Aussi bien à paris qu’à Seattle, le Wifi n'a pas quitté le milieu quasi professionnel des jeunes ingénieurs réseaux, des étudiants en informatique, de passionnés ou de curieux de nouveautés technologiques. S'ils ne sont pas totalement absents, les plus de 40 ans sont rares et les femmes encore plus. Quelques participants en affirment qu'ils cherchent, à terme, à "faire du business" avec le Wifi, en commençant par se faire une compétence technique. Mais la plupart refusent d'envisager l'insertion du Wifi dans le jeu du marché et expriment fortement une volonté politique de liberté, de partage, de gratuité, affichant parfois par une attitude de défi libertaire à l'égard de l'autorité. Si leur engagement est volontaire et militant, ils ne sont pas hostiles par principe à l'action des institutions ou des entreprises, mais ils feront tout pour promouvoir deux principes :
-l'accès le plus large possible et au coût le plus bas possible des réseaux pour la population, ce que résume un des mots d'ordre de Seattle Wireless : "Broadband for the People",
-l'ouverture et l'accessibilité de ces réseaux, ce qui implique la primauté du travail coopératif, la défense de libertés comme celle de pouvoir crypter ses messages ou télécharger de la musique et la lutte contre la logique du copyrights et des patentes ; en cela le WSN comme Paris sans-fil s'inscrivent totalement dans les logiques de l'Open source.
L’imaginaire du Wifi s’illustre dans l’emprunt fait aux hobos de la grande dépression américaine, de la pratique du « walkchalk ». On sait que ces vagabonds poussés par la misère sur les routes, communiquaient entre eux en dessinant à la craie sur les trottoirs où les murs des inscriptions renseignant sur l’accueil qu’on pouvait trouver à proximité : aide, nourriture ou mauvais traitements. Cette façon de s’entre aider pour des inconnus partageant la même condition, a été adoptée par les militants du Wifi qui préconisent d’indiquer à la craie à quel endroit on peut trouver un réseau ouvert, inscrivant leur action sous le double registre de l’entraide entre individus et de la mobilité.

4- En France, les premières offres professionnelles arrivent
C'est Apple qui a été le premier à équiper ses ordinateurs en WiFi?, une offre vendue sous le nom d'Airport. Aux Etats-Unis, mais aussi en Grande Bretagne, les offres professionnelles existent depuis mois, parfois quelques années : la chaîne de café "Starbuck" est ainsi équipée en WiFi? par T-Mobile, filiale de Deutsch Telekom.
En France, nous en sommes à l'heure des annonces ainsi qu'à de rares expérimentations, mais le rythme devrait s'accélérer rapidement. France Télécom offre déjà, pour les entreprises, des solutions de raccordement sans-fil basées sur le WiFi?, Orange vient d'annoncer une offre pour "business travellers" et une solution pour les cafés et autres lieux à forte fréquentation et Wanadoo prépare pour la fin du printemps une offre d'extension sans fil du forfait Extense basé sur Bluetooth et/ou WiFi?.
Deux expérimentations, auxquelles sont associées des équipes d'UCE, sont en cours : une première est un café parisien, le "Charbon", qui a été équipé en mars d'une borne WiFi? à l'occasion de la fête de l'Internet ; la deuxième, beaucoup plus ambitieuse, consiste pour la DR Paris, en collaboration avec FT R&D, à équiper en WiFi? le parc de la Villette pour cet été pour un gigantesques cyber-café en plein air où plusieurs centaines de portables pourront être connectés en parallèle.
Ces expérimentations permettront de mieux cerner les attentes des usagers et, pour La Villette, de tester des usages allant au-delà de la simple consultation d'Internet.
Ces expérimentations, tout comme les réactions du public aux propositions des associatifs comme aux offres du groupe France Télécom et des autres opérateurs permettront également d'avoir une idée plus précise des modèles économiques viables pour le WiFi?.
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